École de voile Louis Charbonneau

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Naufrage à Gustavia Tome 2 ©

L'ombre d' Ensueño

L'ombre d'Ensueño

 

Extraits du 2e tome

Si vous avez lu «Naufrage à Gustavia»
«Une histoire vécue»
Auteur : Louis Charbonneau
Il y a quelques années, Nicole, ma compagne de vie et moi avons vécu une histoire de voile qui restera gravée longtemps dans notre mémoire.
Cette aventure a failli nous coûter la vie.
St-Barth était la fin de notre voyage en Atlantique et mettait un terme à la réalisation de notre film sur la vie en mer à bord d’un voilier. Là, débutait notre vie de naufragé.
Naufrage à Gustavia, Mais il y avait une histoire avant le naufrage...

De Beaufort NC à St-Martin : une traversée d’automne vers les Antilles

… Nous étions à la xième journée en mer, à une centaine de milles au sud des Bermudes...
En fait ce n’est pas Herb (notre lien météo sur les ondes courtes maritimes) qui nous a d’abord annoncé la venue de l’ouragan d’Olga, ce sont les gens du  réseau du Capitaine. Tous les matins, à partir de Montréal, ils communiquent avec leurs membres de radio amateurs en mer : ils leur donnent la météo et toutes sortes d’autres nouvelles locales, ils passent aussi des messages personnels. C’est  un club fermé, il faut absolument avoir un permis de radio amateur. On me l’a confirmé assez rapidement quand j’ai essayé de transmettre au propriétaire du bateau que nous étions en toute sécurité. Je venais de passer un message rapide sans équivoque et sans attente de retour < Ici le Roi … des pirates, prière de communiquer avec mon armateur et lui dire que tout baigne dans l’huile, over and out !>

  1. Identifiez-vous, Monsieur … Il nous fera plaisir de vous répondre !

Je n’ai pas de lettre d’appel, je ne suis pas radio amateur, je n’ai donc pas répondu. Mais ils savaient qui j’étais, j’avais fait des approches auprès d’eux, le propriétaire est copain avec eux et ils connaissaient notre itinéraire … J’espère qu’en cas de problèmes graves, ils auraient répondu …


Olga, la striptiseuse

L’ouragan Olga, nous cherchait




De toutes manières, ce matin-là, un trémolo dans la voix et un rire vinaigre étouffé, le responsable de la météo, nous annonça cette épreuve en devenir … la saison des ouragans officiellement terminée… Olga, Olga la Stripteaseuse, comme je l’appelais, se préparait à déployer ses charmes en Atlantique  Nord, au dessus du tropique, juste où nous étions. Ils ne nous répondaient pas, mais on pouvait tout de même écouter leurs prévisions.
Que fallait-il faire ? Aucun doute dans ma tête, plein sud, pleine voile, de toutes manières, les Bermudes étaient trop loin et pas du tout dans notre direction.
13.30 Heures, il fallait annoncer nos couleurs à Herb. On plaçait toujours nos appels en débuts d’après-midi :

  1. South Bound II, this is Ensueño ! Our position is … (elle était écrite dans le livre de bord, important pour notre contact météo) waiting for come back ! ( Herb émet sur les bandes maritimes, aucun besoin de permis de radio amateur)

À partir de 2 heures, il rappelait dans l’ordre des inscriptions. Un équipier restait à l’écoute. Aussitôt appelé, ça pouvait aller jusqu’à 15, 15.30 heures : à ce moment-là, il y avait toujours 2 personnes à l’écoute, l’un avec papier, crayon et  la petite enregistreuse et l’autre sur le radio ondes courtes occupé à parler à Herb. Ce jour-là, j’ai du rester une partie de l’après-midi dans le carré, j’écoutais ce qui se disait entre les autres voiliers et notre ange gardien. Éparpillés dans ce coin de l’Atlantique, ils avaient tous, les mêmes préoccupations. Un d’entre eux était près des Bermudes, Herb lui suggéra d’y rentrer se refugier, un autre n’arrivait même pas à donner sa position précise… Les nouvelles étaient claires, cette charmante Olga s’en venait droit sur nous, avec des vents du plus de cent noeuds… C’est à ce moment-là que l’équipage se mit à élaborer toutes sortes de théories, toutes plus farfelues les unes que les autres. J’ai finalement réussi à leur faire comprendre qu’il n’y avait qu’une seule voie, celle de continuer notre route le plus rapidement possible plein sud et de se préparer au pire ce qui fut confirmé par Herb vers les 16.30 heures.

voilier dans l'ouragan

L’équipage anticipait l’idée d’être pris dans le tourbillon de l’ouragan



L’entente était la suivante, il fallait que tous, en même temps, soient prêts à intervenir durant la nuit au cas où il aurait fallu changer de voilure. Quelques remarques de la part de Bertin qui disait être venu avec nous en vacances et qu’il s’attendait à dormir sa nuit. C’est vraie, c’était déjà difficile de le réveiller pour ses quarts : le deuxième ou le troisième soir, il a fallu quelques 15 minutes pour le sortir de son sommeil profond, il avait même barré sa porte, fort heureusement pour lui, car le sceau d’eau était prêt. Je me suis même demandé s’il n’avait pas rendu l’âme. Je me demande toujours comment il réussissait à dormir si profondément dans sa cabine avant, exigüe, hublots fermés, à se faire brasser comme dans un séchoir à linges. La consigne fut claire : plus de portes verrouillées. Je ne pouvais donc compter que sur les deux Nicole, Claude étant toujours pris de son mal de mer, bien que la visite  possible d’Olga l’ait quelque peu ranimé.
La décision fut prise.
Le vent soufflait au dessus de vingt nœuds, nous étions au portant, plus précisément au trois quarts, donc capable de prendre plus de voilure, la grand voile resterait donc toute ouverte, le génois 135 aussi ; comme il est sur enrouleur quelques tours sont rapidement faits, pour le réduire. Herb nous assurait que le vent ne dépasserait pas 25 nœuds. Il n’était pas question de remplacer le génois par le tourmentin. S’il nous avait annoncé du temps violent, la décision aurait été évidemment autre. Direction franc sud, cap sur St-Martin, les Bermudes derrière nous, nous venions de dépasser la mi-chemin, il restait probablement 600 milles à faire, Olga filait droit sur nous, il fallait parcourir le plus de distance possible, le vent était du NE, le Golf-Stream était chose du passé, le voilier filait 9 nœuds, réguliers. Ensueño se comportait à merveille ! L’équipage a finalement compris que nous n’étions pas en mode vacances et comprirent que la nuit avait des chances d’être courte.
Les gens s’embarquent souvent dans une aventure de voile sans trop savoir ce qui les attend. Une traversée n’est pas une balade de voile de dimanche après-midi sur un lac, c’est une aventure qui peut prendre toutes sortes d’allures. Souvent encouragé par un armateur dont le premier souci est quelque fois de rentabiliser financièrement son embarcation, ils partent au long cours…  

Cet extrait fait partie du deuxième tome  de « naufrage à Gustavia »*.  Cette publication répondra aux questions laissées de côté  dans la première. Vous  y découvrirez les hauts et les bas d’avant le naufrage. La traversée de Beaufort NC à St-Martin. Les préparatifs, juste avant de lever les voiles pour l’expédition. Les conditions à bord du bateau, les plaisirs et difficultés de la navigation, la menace d’Olga, l’ouragan annoncé… Vous connaîtrez les équipiers, personnages intéressants pour le meilleur et pour le pire. Vous découvrirez les dessous des tournages de scènes pour notre film, hélas perdu. Notre arrivée à St-Martin, des rencontres intéressantes...
*http://www.voileevasion.qc.ca/naufrage_a_gustavia.htm  (pour se procurer le 1er tome).
Louis Charbonneau www.voileevasion.qc.ca

 

Nous étions partis tourner un film, mais ...

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Le feu : le pire ennemi du navigateur

Enfin édition papier !

Endos


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