Ma toute dernière sortie de cours de voile, une expérience …

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J’ai eu un petit incident il y  a deux fins de semaine qui a un peu bouleversé  mon état, effort demandé lors d’une escapade; demande trop grande à mes muscles qui ont chamboulé mon système. Douleurs musculaires, retour de problèmes occasionnés, il y a vingt ans, de rupture de la clavicule et l’âge ...
N’écoutant que mon grand cœur, j’ai accepté la demande d’un type qui m’a demandé d’aller lui donner un  WE de cours de voile sur son bateau au lac Champlain : il me semblait très sympathique, aimable, donc … J'ai donc décidé ... Je m'étais pourtant dit que ...
Il était très gentil … Là n’est pas la question. Le bateau était  correct, un peu petit … le moteur en bon état, la voilure ? Je verrais à l’utilisation …  Au départ, la brise était douce, la météo du lac annonçait des vents plus forts dans l’après midi… Ajustement des voiles, la grand voile, difficulté de la hisser complètement; un ajustement par le bas, le génois, la voile avant était comme passée due… Loin d’être parfait, il avait du potentiel  et, j’en avais vu d’autres …
L’objectif était de naviguer  au près du vent, c’est comme ça que doit débuter la formation. La brise était agréable le bateau se comportait très bien, mon équipier assez bien : quelques bases de  l’apprentissage, des virements de bord, l’ajustement des voiles, border, choquer, un tout début …
Chercher un abri pour aller manger : mouiller l’ancre dans  coin sans vent, évaluer les profondeurs, voir comment mouiller, l’espace nécessaire, longueur de chaîne nécessaire … Tout ce qu’il faut évaluer et maîtriser  pour un bon mouillage.
Monsieur sympathique, une bouffe correcte, une jasette agréable… Il me demande si on pouvait aller à telle place pour coucher. Sortir les cartes, localiser l’endroit, évaluer la direction du vent, notre vitesse possible pour s’y rendre. Au moins trois jours de navigation … Et si le vent tient. Les gens ont beaucoup de difficultés à comprendre que « Le voilier est le moyen le plus lent, le plus inconfortable et le plus humide pour se rendre dans un endroit…»
L’ancre n’avait pas glissé, on avait remonté les voiles. Le vent avait forci, l’espace était favorable à d’autres manœuvres, les virements de bord,  les différentes  allures, au près, de travers, au ¾ arrière, des empannages, de plus en plus sérieux. Ça prend au moins une semaine à réussir  toutes ces manœuvres, donc ... Ma décision est prise, pas question de suivre les fantasmes  de mon client. L’équipement voile  aurait de la difficulté à survivre à la force du vent; ce sera le retour à la marina pour y passer la nuit et nous ferions une nouvelle sortie le lendemain pour poursuivre l’apprentissage. Il faut bien comprendre qu’un WE de voile d’apprentissage  est nettement insuffisant pour maîtriser cette discipline; ça permet seulement d’entrevoir ce qu’il faut connaître.
Mais nous n’étions pas encore revenus à bon port : quelques imprévus!  Vents dans de dos,  manœuvres  délicates, les empannages : border rapidement la GV pour, rendu vent arrière, la laisser filer  sur l’autre côté. Quelques essais. C’était bien. Maintenant, la voile avant; il n’y avait pas d’urgence, on a le temps …  Faire passer les écoutes, ce qui sert à border la voile, une sur côté bâbord, l’autre sur tribord. Il faut savoir que cette voile avant est mise en fonction grâce à une toupie placée  à la base de l’étai avant.
Étai et haubans tiennent le mât à la verticale : les haubans, un de chaque  côté.  À l’avant l’étai empêche le mât de basculer vers l’arrière et est organisé avec une toupie à la base qui permet de rentrer et sortir la voile avant, le foc ou génois, selon la grandeur.  Cette voile enroulée autour de l’étai peut être sortie par un cordage  qui est actionné comme le yo-yo de notre tendre jeunesse; la corde, appelée drosse, rentre en s’enroulant sur la toupie en  tirant sur l’écoute qui sert à border ou choquer la voile; il est important de laisser aller doucement la drosse pour qu’elle se place bien dans la poulie de retour ; Il faut  que le bout de la corde du yo-yo ai un nœud en 8, pour éviter qu’elle fuie dans le tourniquet; c’est  pour pouvoir rentrer  la voile quand on n’en a plus besoin. Les nœuds en huit sont essentiels pour garder les câblages utilisables.
C’est à ce propos  que les vrais problèmes  ont débuté.  Pour faire changer la voile avant d’un côté à l’autre, il faut laisser aller l’écoute  du premier côté et tirer en même temps  sur l’écoute sur l’autre côté.  Le nœud en 8  n’avait pas été fait sur la première écoute (ou s’était défait); elle  s’est entortillée dans la poulie

 de l’enrouleur, s’est mêlée à la drosse. Impossible de rentrer ni descendre le génois. Le vent  était de plus en plus fort, le bruit était infernal … Nous avions mis nos gilets de sauvetage. Je partis à l’avant, lui laissant des directives claires, j’essayai  d’enrouler la voile sur son étai, avec les écoutes; impossible, je n’avais pas la force. La solution : aller chercher un abri. Surveiller le profondimètre; l’ancien propriétaire ne voulait pas aller en moins de 12 pieds;  mon stagiaire voulait suivre les conseils de l’ancien proprio. Niet ! Tu te laisses rentrer  derrière la pointe à une heure …  On sera plus à l’abri. Quand tu atteindras 7 pieds, tu me le cries, tu te mets vent debout,  j’affale la GV et je mouille l’ancre.  Manœuvre complétée ! Mais  la voile avant fait encore un vacarme. Il fallait maintenant se débarrasser de ce génois infernal. Un tournevis, l’infiltrer dans ce fouillis  de câblage dans la toupie  de l’enrouleur. Le tissus menait  un bruit d’enfer   au dessus ma tête, il ne fallait pas que je me fasse frapper, que je tombe à l’eau. Je finis par réussir à accéder à l’écoute : je la tournais, replaçais, recherchais, le bout’  de la drosse, tirais à gauche et … Enfin je réussi à enrouler le génois. Ouf !
Le retour à la marina. Le moteur, le tour de chat, le bateau qui tourne sur lui-même nous permit de faire l’exercice de préparatifs d’arriver à quai, mettre les pares battage, les amarres, les indications à donner pour l’arrivée.
Un souper, penser  à voir le lendemain  d’autres voiles que l’ancien  propriétaire lui avait laissé, elles pourraient remplacer  le génois mis en mille morceaux …
La nuit à bord. Mon stagiaire me laisse à bord et va coucher chez lui : il ne peut pas passer la nuit à bord, car l’ancien propriétaire amenait ses chiens à bord et il est allergique. Je fus alors seul à bord pour la nuit. Il me rejoindrait  le lendemain matin pour le petit déjeuner …
La nuit à bord.
Quoi de plus paisible qu’être  seul à bord d’un bateau, bien amarré à quai, vent léger, pluie légère, la cabine étanche,  une douce humidité, mais …
L’espace sur un bateau de 27 pieds, roue et  manœuvres au cockpit, charriots d’écoute de GV dans le milieu de la place, winch d’écoutes et de drisses bien présentes, mais encombrantes… des steppettes, des manoeuvres   difficiles, on était accroché partout; c’était mes premières constatations entre mes différents bateaux de ma vie sur lesquels il y avait de la place pour travailler. Et maintenant, l’espace de paillasse : le patron m’avait réservé la couchette en v, à l’avant du bateau. Tout prêt de la toilette : pratique pour un vieux de mon âge.
Comment y accéder, quelques obstacles : cloison en bas qui me forçait de bien surveiller mes déplacements de pieds, la hauteur sous barrôt me forçait de me tordre le haut du corps … J’ai réussi.
Je me suis endormi, mon partenaire habituel pour passer mes nuits, mon Walkman. Je me suis réveillé au moins neuf fois : prostate oblige, des déplacements. Je sortais la tête la première, me retenant sur les parois, forçant comme un déchaîné pour éviter de tomber la face au plancher. D’autre essais : les pieds les premiers, guerre mieux. Retour au sommeil, ne me souvenant plus laquelle des façons était la meilleure.
Bon ! La nuit passa,  forcer comme un déchaîné   un peu ébranlé … Mon acolyte arriva, le petit déjeuner,  un bon café et le début des travaux.
D’abord enlever le génois défoncé, trouver une autre voile laissé par l’ancien propriétaire.  Eureka, elle était en meilleur état. Travailler la GV pour qu’elle puisse monter convenablement : du WD 40, pour que le guindant  puisse coulisser dans l’engoujure du mât. Une brève sortie, quelques manœuvres et …
Ce fut un WE fatiguant, mais en bonne compagnie. J’avais voulu faire un dernier tour de piste comme dit la chanson…
Épilogue.  Oui ! Il y en a un.
Fatigue durant les jours suivants, puis douleurs musculaires, ma clavicule brisée il y a 20 ans, me faisait mal, difficultés de dormir, douleurs aux jambes, inconfort dans mon lit et j’en passe…  Difficiles, mes marches du matin. C’est ce maudit printemps de fou, la pluie, le froid, c’est mon lit … Une semaine, une autre, je prends rendez-vous  chez la physiothérapeute. Mais monsieur, vous avez abusé de vos muscles dans des conditions difficiles. Petit traitement, des exercices à faire pour replacer mes muscles. Je me sens un peu mieux. Je vais y retourner  la semaine prochaine, question de replacer le tout.
Je suis un vieux fou !
Et moi, sa conjointe : tout à fait d’accord !

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